Plat du jour - Société

Le RECHO : Faire de la cuisine un trait d’union entre réfugiés et population locale

Ecrit par Aurane Galopin le 27.06.2017

Cet été, l’association le RECHO a pris ses quartiers sur la péniche du Petit Bain à Paris. Au menu : street-food végétarienne qui fleure bon l’évasion, pour récolter des fonds afin de financer des missions autour de la cuisine, sur les camps de réfugiés en Europe. Pour l’association, « la nourriture ce n’est pas que pour manger, c’est aussi un vecteur de lien social ». Rencontre avec Vanessa Kryceve, fondatrice et directrice générale du RECHO.

 

La chaleur estivale qui nous embrase donne la soif du grand large et de nouveaux horizons. Parisiens en quête d’air iodé, c’est sur une péniche qu’il faut se rapatrier, mais pas n’importe laquelle… direction le Petit Bain, qui accueille l’association le RECHO sur son rooftop, tout l’été. À l’origine de cette initiative, Vanessa Kryceve, et Élodie Hué, toutes deux professionnelles de la restauration, qui ont souhaité construire un projet avec, en son centre, la cuisine, qui réunit, et qui fédère. Autour de ces deux acolytes s’est assemblé tout un groupe d’amies, actrices, communicantes, cuisinières, aux savoir-faire variés… pour se lancer dans la grande aventure du RECHO. Derrière ce nom, un acronyme révélateur : REfuge, CHaleur, Optimiste. Le ton est donné, l’objectif devient palpable : « Créer de la cohésion sociale grâce au langage universel de la cuisine et de l’hospitalité qu’elle peut générer », affirme Vanessa.  

En une année d’existence, le RECHO c’est déjà 168 bénévoles actifs, 15000 repas distribués, 28 ateliers de cuisine animés (dont 5 réservés aux femmes) et 28 jours de missions sur le terrain du camp de la Linière (Grande-Synthe) l’été dernier. À bord de leur food truck, l’association, et sa cuisine nomade, intervient sur les zones chaotiques, auprès de populations fragilisées, qui vivent non seulement dans des conditions déplorables mais aussi avec une vision dévalorisée d’elles-mêmes. « On vient leur apporter à manger mais aussi créer un rendez-vous quotidien pendant lequel on réalise des repas ensemble ! Le matin on cuisine pour eux et l’après-midi on cuisine ensemble puis on dine ensemble. Enfin… On cuisine avec des équipements improvisés, sur des barbecues ou des réchauds, mais la réussite du challenge redynamise énormément le camp, ça apporte de la joie, ça change leur vie », explique Vanessa.
          
Pour leur prochaine mission, le RECHO circulera 3 semaines en Belgique, dans trois centres de demandeur d’asile dans 3 régions différentes, en Flandre et en Wallonie. À la différence de Grande-Synthe, ces centres sont très bien organisés et encadrés, il n’y a donc pas besoin de nourriture, mais la priorité reste de créer du lien entre réfugiés et populations accueillante. C’est donc là que l’association intervient en organisant, par exemple, un défi culinaire pour lequel 3 équipes (composées de demandeurs d’asile et de bénévoles de la population locale) s’affrontent avec comme objectif de dresser un buffet autour d’une thématique donnée et de répondre à des quizz. L’équipe doit donc se réunir pour réfléchir ensemble et chercher les réponses. Cette activité mène à créer de l’interaction pour qu’au final, les gens aient un peu moins peur d’aller les uns vers les autres. 2h30 plus tard, le buffet est dressé et la dégustation peut commencer ! Mais l’une des spécialités du RECHO c’est ses ateliers de cuisine lors desquels les plats fétiches de l’autre sont découverts et les astuces sont échangées !  « Il y a toujours la volonté de faire goûter, on apprend de l’autre en permanence, c’est donnant donnant, par exemple, lors d’un atelier entre femmes, nous leur avons montré comment faire de la béchamel pour les lasagnes et en retour elles nous ont appris à faire le tepsi (qui peut s’assimiler à de la ratatouille frite)… puis nous l’avons ensuite refait pour 300 personnes ! », s’amuse Vanessa. Ce sont ces moment de partage qui donnent sens à l’association, comme lorsque sur le Camp de la Linière, après des débuts difficile avec une cuisine déjà en place qui voyait l’arrivée de l’association d’un mauvais œil, le RECHO a décidé de se lancer dans la préparation de fallafels… résultat : une queue immense devant le food truck ! Pourtant l’ajout de sésame et de bicarbonate à la recette traditionnelle avait mené à quelques réticences… qui se sont muées dès la première bouchée en «  this is franco-kurdish falafels, this is so good » ! Au final, grâce aux fallafels, la glace avait été brisée, « nous étions devenues plus que de simples bonnes femmes qui venaient faire la cuisine, la méfiance s’est dissipée ! », nous confie Vanessa.  

Pour l’avenir, le RECHO projette de partir faire un tour d’Europe, prioritairement en Grèce et en Italie. Reste à espérer que le gouvernement mette en place une politique migratoire viable, « car pour l’instant ce sont les citoyens qui, à travers les associations, font le boulot qui n’est pas fait ! Ce n’est pas tant une crise migratoire que l’on traverse, mais plutôt une crise de l’accueil ! Seulement 0,4% population européenne est immigrée, ce n’est rien. Par exemple, au quartier nord de Bruxelles, des centaines d’hommes dorment dans un parc, alors que 50 mètres plus loin, des tours immenses demeurent vides et inoccupées, il reste donc beaucoup à faire et il faut continuer à se faire entendre en se liant avec d’autres associations…   Nous, nous avons choisi la cuisine comme mise en valeur de l’autre, de sa culture, en allant directement sur le terrain, sur les camps. La suite logique serait donc de valoriser les personnes en créant un parcours d’intégration à travers la formation à la cuisine… ».    


Mais à côté des missions humanitaires menées directement sur le terrain au moins une fois par an, le RECHO va également à la rencontre des populations des grandes villes, pour des prestations solidaires, afin de sensibiliser, de pérenniser cet état d’esprit et de pouvoir générer une autonomie financière. Sur la péniche du Petit Bain, la vente de repas permet de payer et de mettre en valeur les chefs partenaires et de les faire connaitre. Une partie des bénéfices est aussi allouée pour financer des missions de terrain et des déplacements. Pour la première semaine au Petit Bain, c’est la cheffe partenaire Hind Tahboub, arrivée il y a 3 ans en France, qui a concocté un menu avec des produits typiques de Palestine, comme les épices de sumac et zaatar, le fromage labneh, des Batata harra  (pommes de terres) avec du houmous. Avis aux veggie, les plats servis par le RECHO sont toujours végétariens, car « la crise qu’on traverse est grande partie écologique, manger est devenu un acte politique car le contenu de l’assiette a un effet sur la planète ! Pour mener à un impact positif, le végétarisme s’est imposé. De plus, on s’adresse dans les camps à des populations qui ont des contraintes culturelles et religieuses et avec la nourriture végétarienne, il n’y a pas de problème. Et elle coche toutes les cases niveau praticité : moins chère et plus facile à stocker !  C’est aussi amusant de se mettre cette contrainte : faire quelque chose de gourmand et délicieux pour des populations attachées à la viande ! ». Aux côtés des chefs partenaires qui sont issus de l’immigration et qui ont la volonté de travailler auprès de l’association pour représenter leur cuisine, le RECHO est en quête permanente de chefs ambassadeurs de renom, qui s’engageraient pour des soirées caritatives !
        
Qui l’eût cru ? Derrière un délicieux sandwich au lebneh servi au soleil, sur le Rooftop du Petit Bain,  il y a donc, en vérité, l’association RECHO qui se retrousse les manches au quotidien pour apporter de nouveau de la joie aux réfugiés dans les camps et éveiller nos consciences pour nous rendre, plus solidaires, plus ouverts… plus humains.

Le Petit Bain
7 Port de la Gare,
75013 Paris

 

Mots-clés : recho mission - refugiés cuisine - vegan végétarien

 

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