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Fooding crie famine : marque affamée, pas d'oreilles ?

Ecrit par Gary Nicolas le 30.04.2016

Fooding est un terme apparu en 1999 sous la plume du journaliste Alexandre Cammas – alors chroniqueur gastronomique. Il lance la chose dans une chronique de Nova Mag, et ce néologisme se répandra comme une traînée de poudre contestatrice. Il dénonce tout à la fois la cuisine archaïque, pour partir à la recherche d’une autre alimentation. Depuis, le mot est devenu un guide publié annuellement, réunissant divers restaurants, des étoilés aux cantines de quartier, en format imprimé ou numérique. Et même, sous la forme d’un dépôt à l’INPI...

 

fooding courant alimentation propriété intellectuelle
François, CC BY SA NC 2.0


 

C’est en décembre 2000 qu’Alexandre Cammas dépose « Fooding » à l'Institut national de la propriété intellectuelle, dont le descriptif se retrouvera ici : juste « Fooding », comme ça. Et le guide fut fondé cette même année. Or, depuis l’apparition du terme et le dépôt de la marque, bien d’autres marques ont été déposées, employant le fameux terme d’Alexandre Cammas, "fooding".  

 

Si l’on remonte un peu plus loin dans le temps, lors d’une soirée de novembre 2011, Frédéric Mitterrand, alors ministre de la Culture, déclare que « [l]e Fooding défend une gastronomie moins intimidante, à la portée de tous ceux qui veulent cuisiner et se nourrir de façon moins empesée. C’est une très bonne chose ! » Il évoquait alors le mouvement cofondé par Alexandre Cammas, qui fêtait ses dix années de règne. Résultant de la contraction entre Feeling et Food, Fooding entrait dans le monde, avant de s’y déployer, grâce à l’ingéniosité d’un homme. (voir L'Express)

 

Depuis, bien des bouteilles ont été vidées, même sous les ponts... Et comme toute société soucieuse de faire respecter sa marque, Fooding déteste voir le terme traverser en dehors des passages cloutés. Ce qui devait alors arriver, nous arriva et le courriel suivant nous saisit d'effroi.

 

Je m’occupe de la communication du Guide Fooding, j’espère que cet email vous trouve au mieux.

J’allais vous écrire hier pour vous parler de notre prochain évènement Foodstock, mais l’actu fait que je dois vous contacter à un autre sujet. 

J’ai vu dans votre article sur les lattes colorés que vous aviez utilisé le terme Fooding, qui est malheureusement une marque déposée. Pourriez-vous retirer la mention Fooding ou la remplacer par un mot plus approprié (comme « food » par exemple) ?

Je suis sincèrement désolée de vous ennuyer avec cela mais nous devons rester attentifs sur ce sujet pour ne pas « perdre » notre marque Fooding…

Je suis bien évidemment à votre entière disposition si vous souhaitez des précisions.

 

 

Pour le curieux, nous avons réalisé quelques méticuleuses recherches – en réalité, un copier/coller avec des guillemets de l’un des passages mail susdit. Et on a bien ri. D’abord, parce que cet email est recensé sur des blogs, des sites, ici ou là : manifestement LeFooding.com ne ménage ni sa peine ni son temps pour rappeler que sa marque est chasse gardée. Sa stratégie de protection/contrôle sur la toile est d'ailleurs décriée – même si le mail est très aimable. Même l’article de Wikipedia, Fooding, déplore que le ton employé soit « trop promotionnel ou publicitaire » pour parler de la société.

On soulignera que si Fooding est « malheureusement une marque déposée », il suffit de la dédéposer, pour que le malheur prenne fin.

 

Par la suite, des amis vigilants nous ont rappelé une intéressante anecdote, que l’on retrouve encore datée du 18 février, sur le Facebook de ARTE Radio. Nous pointons cette perle, tout à fait rare : « C’est que je choisis mes mots tout seul, et écris avec une certaine liberté. Par exemple, je t’emmerding, toi, tes avocats et votre prétention à privatiser le langage. » ARTE Radio avait reçu le même email que nous, et se piquait alors d'une réponse bien sentie.
 


 

L’affaire avait d’ailleurs fait du bruit : Libération, 20 minutes et d’autres médias en parlèrent à l’époque, tout aussi amusés que l’on peut l’être devant le texte. Mais la réalité est bien là, et LeFooding.com avait, quelque cinq jours plus tard, diffusé une réponse à la réponse.

 

C’est que la marque Fooding avait en effet eu maille à partir avec une certaine société Picard : dans une campagne publicitaire, en janvier 2016, l’enseigne surgelée utilisait le terme honni, Fooding. Et le fondateur du magazine avait alors dans l’idée d’attaquer en justice, parce que la vengeance se mange froid, et certainement pas gelée ni congelée. Une utilisation « de notre marque sans notre accord dans des publicités (magazines, abribus…), des catalogues et des affiches dans des centaines de boutiques, pouvant laisser penser que le Fooding était associé à Picard », expliquait-on, sans sourire. Et d'ajouter : 

 

De grandes enseignes, moins bien intentionnées que toi [ARTE Radio, NdR], cherchent à profiter de notre boulot et s’approprier gentiment le terme Fooding. Nous avons dû nous battre contre Diesel, Playmobil ou Fleury Michon. Leur stratégie est toujours la même : passer des heures sur Google à essayer de pécho des occurrences où Fooding n’est pas associé à nos activités, et tenter de faire croire ainsi que nous protégeons mal notre marque et qu’elle doit donc être déchue.


 

C’est donc dans la même logique de défense de la marque contre Picard, Arte, et les autres marques citées que Fooding nous a envoyé ce mail. Et c’est fort logiquement que l’on se sent flatté.

Avertissement : 
Une première version de cet article, contestée et qualifiée de mensongère par Le F**ding avait été mise en ligne. Après réflexion, l'équipe de 7 de Table a choisi de ne conserver que cette première partie du billet, estimant que le ridicule de la démarche était, en soi, suffisante.

 

Mots-clés : déposer marque identité - propriété intellectuelle droit - courant alimentation fooding

 

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