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La Scène Thélème entre dans la lumière

Ecrit par Célia Laherrere le 25.10.2016

Voilà une ouverture que l’on attendait. Annoncée à la fin de l’été, elle laissait présager l’arrivée d’une réelle nouveauté sur la scène gastronomique parisienne. Un théâtre, un restaurant, un théâtre dans un restaurant ? Il était facile de craindre le pire et de redouter que la Scène Thélème ne tombe dans les travers des restaurants « diners/spectacle » dont raffolent les touristes. Après plus d’un mois d’existence, le constat est indéniable : la Scène Thélème a esquivé cet écueil avec une habilité qui force l’admiration. Lever de rideau !
 

 
C’est à deux pas de l’Étoile, dans la petite rue Troyon où jusqu’alors les restaurants asiatiques tenaient le rôle principal que se joue la représentation. C’est tout un concept autour du spectacle et de la gastronomie qui fait la singularité du lieu. Le rapprochement des nourritures terrestres et spirituelles mis en œuvre par un amoureux de théâtre et de bonnes tables.

La Scène Thélème, c’est d’abord l’idée un peu folle de Jean-Marie Gurné, ancien dirigeant de Nestlé Europe. L’ancien homme « des affaires » va mettre ses talents de business manager au service de la réalisation d’un rêve : réunir en un seul endroit ses deux passions,  la Gastronomie et le Théâtre, proposer un lieu avec une véritable harmonie entre les deux univers, en offrant le meilleur des deux mondes, une prestation de haute qualité jusqu’au dénouement.

Acte 1 – La Scène
19h. Les trois coups sont frappés dans le petit théâtre attenant au restaurant. Un espace simple et sobre qui accueille ce soir-là une cinquantaine de spectateurs et qui vont assister à une excellente interprétation de Laurent Sauvage et d’Olivier Martinaud de Mes Prix littéraires, texte de Thomas Bernhard. Une pièce de quarante minutes. Un format court qui permet aux non-amateurs de découvrir une forme théâtrale souvent réservée à un cercle de spectateurs avertis.
Car il s’agit bien de cela, faire vivre le théâtre et le rendre accessible sans en dénaturer l’essence. Les propositions théâtrales restent un mois à l’affiche avec pour objectif de varier les genres et les époques, du théâtre comique aux lectures, des œuvres les plus célèbres à celles plus confidentielles.

Entracte – La Loge  
Fin du spectacle. Les spectateurs sont invités à rejoindre la Loge en compagnie des acteurs pour échanger autour d’un verre. L’ambiance est décontractée dans cette annexe du restaurant, juste en face, du côté pair de la rue Troyon. Une poignée de tables hautes, une restauration légère et bistrotière à base de produits d’excellentes qualités, une jolie carte de bonnes bouteilles. On y vient pour déjeuner, pour goûter, pour grignoter à l’heure de l’apéritif, pour dîner, tôt ou tard (fermeture à 23h30) dans une atmosphère détendue de cave à manger.

Acte 2 – Le Restaurant
On attendait le dernier acte comme on attend que les lumières s’éteignent et que le rideau se lève. Et fallait-il que celui-ci soit à la hauteur pour confirmer que la pièce était bien digne d’un Molière ?

Il faut avouer qu’en terme de casting, Jean-Marie Gurné a fait fort : en cuisine, deux jeunes chefs pleins de talent et hyper créatifs,  Pierre Rigothier (ex-chef étoilé du Baudelaire à l’Hôtel Burgundy) et Pierre Chirac pour la pâtisserie.  À la direction de la salle, Frédéric Pedrono qui officiait jusqu’alors chez Ledoyen et, en maître de cave, le charismatique sommelier Daniel Pirès, ancien du Laurent.
Ce recrutement pointu porte ses fruits. Tout est là, de la mise en scène codifiée des tables gastronomique (dont le fameux beurre strié Bordier…) et un soin apporté à chaque détail. Dans un décor raffiné et élégant, la magie opère dès les amuse-bouche. On retiendra notamment une excellente Saint-Jacques de plongée d’Écosse, arancini, mouron des oiseaux et marmelade de citron. Un travail précis parfaitement à la hauteur du produit rare. Tout aussi précis et savoureux, l’épaule d’agneau confite aux épices douces, un hommage réussi à la cuisine orientale.  Les beaux produits, on les retrouve un peu partout sur une carte ambitieuse, créative et évolutive: foie gras de canard de Vendée, huître Tarbouriech (travaillé avec la framboise et le vinaigre balsamique) , bœuf de Galice Rubia Gallega, langoustine de casier d’Écosse, Caviar Ossetra, cèpes, truffes…
Côté dessert, même esprit créatif qui éclate dans une pomme Golden fondante glacée de miel, sarrasin et sorbet coing. Et même après un somptueux repas, la Crème onctueuse au chocolat noir, cardamome verte, gel mentholé est un délice de légèreté avec un jeu de texture fascinant.
Daniel Pirès habitué à l’exigence des grandes maisons  fait le pari des belles bouteilles, voire exceptionnelles. Il a gardé une petite place de sa cave pour quelques vins du Portugal dont il est originaire, une sélection de vinho verde, de vins de la Serra da Estrella , et un porto vintage 2011 Quinta do Infantado.

C’est donc ainsi que la Scène Thélème fait la démonstration que le spectacle prend une autre dimension s’il se joue sur plusieurs scènes, qu’il fait la preuve que les arts sont partout et s’unissent harmonieusement quand ils sont proposés avec talent. À peine arrivée, la Scène Thélème se hisse déjà au sommet avec, c’est certain, l’étoile à sa portée !

On se lève et l’on ne peut faire autrement, c’est une salve d’applaudissements pour la Scène Thélème.


La Scène Thélème
18 Rue Troyon,
75017 Paris

 

Mots-clés : restaurant paris - gastronomie rue troyon - théâtre

 

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