Critiques - Dans le verre

À la redécouverte des Bordeaux : Borie-Manoux et Philippe Casteja

Ecrit par Isabelle Pons le 11.10.2017

Quand on s’intéresse au vin, on commence souvent son « éducation » par les vins de Bordeaux, la référence française et internationale des grands vins français, que le monde nous envie. Et puis on va déguster ailleurs, découvrir tous les autres terroirs et cépages qui font notre diversité, notre richesse de culture et de goût. Qu’en est-il aujourd’hui de Bordeaux ? Alors que certains grands sommeliers ou cavistes boycottent encore cette région, nous avons eu l’audace d’aller redécouvrir les vins et les grands Crus Classés des Domaines de Philippe Castéja, pour notre plus grand plaisir.

 
 
Quand on a un rendez-vous avec Philippe Castéja, Président de Borie-Manoux, grand Viticulteur et Négociant sur les deux rives de la Garonne, Président du Conseil des Grands Crus Classés en 1855 et Membre du conseil d’administration du CIVB on se dit… et bien on se dit qu’on n’a rien à se mettre !!! On cherche désespérément un tailleur gris dans sa penderie, des chaussures plates et on essaye d’être légère sur le maquillage… On s’apprête à passer un moment intéressant certes, mais pas forcément super fun…  
 
Ça, c’est l’effet Bordeaux ! Ou plus exactement le Bordeaux bashing de ces dernières années. Bordeaux et son image ultra classique, très fermée, conventionnelle et parfois un peu hautaine. Et bien nous disons STOP ! Halte au Bordeaux bashing ! Soyons plus intelligents que les autres, plus ouverts, plus curieux, soyons fous et prenons le pari d’aller redécouvrir Bordeaux. Laissons tomber le tailleur gris et les chaussures plates et allons rencontrer un homme charmant qui fait de grands vins.

Philippe Castéja est avant tout un grand viticulteur qui défend son style : « Je crois à la typicité de chacune de mes propriétés, j’aime les vins qui offrent de la fraîcheur, du fruit, de la structure et de l’équilibre ». Il a travaillé longtemps avec l’éminent oenologue Denis Dubourdieu, bordelais réputé dans le monde entier pour sa vision d’un vin pur et sans défaut. On peut constater le résultat. Il se fait conseiller maintenant par Axel Marchal et Valérie Lavigne, ses dignes successeurs.
 
Borie-Manoux, ce sont sept propriétés sur la rive droite et la rive gauche de la Garonne couvrant 4 appellations dont 3 Grands Crus Classés : Commençons par la Rive Gauche et le Médoc où la famille a débuté à Pauillac, avec les Châteaux Lynch-Moussas puis Batailley tous deux 5e Grand Cru Classé ainsi que le Château Haut-Bages Monpelou « Cru Bourgeois Supérieur ». Autre fleuron, le Château Beau-Site « Cru Bourgeois Supérieur » à Saint-Estèphe.Enfin, la Rive Droite où la famille Castéja est propriétaire du prestigieux 1er Grand Cru Classé de Saint-Emilion le Château TrotteVieille et des Châteaux du Domaine de l’Église et La Croix du Casse à Pomerol.
 
Parmi ces derniers, nous avons particulièrement aimé :

Château Batailley, Pauillac, 5e Grand Cru Classé, Millésime 2012
Le nom de Batailley vient de la bataille qui eut lieu en 1453 sur le plateau de Pauillac lors de la guerre de Cent Ans. Cette bataille marque le retour du Médoc sous les couleurs de la couronne française. Grand Cru classé en 1855, Château Batailley est l’un des joyaux de la famille Castéja et de Borie-Manoux et produit aujourd’hui l’un des meilleurs crus dans l’appellation Pauillac.
 
Superficie totale des vignes : 61 ha
Âge moyen du vignoble : 50 ans
Nature du sol : graves maigres et profondes
Production moyenne annuelle : 240 000 bouteilles
 
Ce millésime 2012 est composé en majorité de cabernet sauvignon (pour 80%), de merlot (18%), de cabernet franc et de petit verdot (respectivement 1%). Tous les raisins sont triés et éraflés et pour préserver le fruit, les macérations sont conduites à froid. Les fermentations alcooliques sont faites à basse température pour conserver l’expression du fruit et une grande fraîcheur. Ce vin bénéficie d’un élevage en barriques neuves pour 60% pendant une durée de 16 à 18 mois.
 
Et là, c’est « LE » coup de cœur de la rédaction et ce sera assurément le vôtre. Batailley 2012 est un vin plein de charme, tout en finesse et en élégance. D’une belle robe pourpre, son nez exhale un bouquet de fruits noirs et des notes de pain grillé. En bouche il est à la fois plein de fougue, éclatant et d’une belle amplitude. Les tanins sont souples. On a ici une magnifique expression du cépage cabernet sauvignon, très abouti. Les raisins cueillis à maturité offrent une profondeur à ce vin d’une grande pureté et d’une grande netteté. On finit pour notre plus grand plaisir sur une belle longueur et rondeur en bouche. Batailley 2012 c’est le vin qui fait le lien entre les générations, c’est le vin de la transmission, mais ce sera un grand bonheur de le savourer simplement entre amis ou lors d’une soirée en amoureux. 
Prix TTC : 38,40 euros / Excellent rapport qualité/prix
Ne pas oublier le second vin, Les Lions de Batailley, qui s’inscrit dans la ligne du Château Batailley.
Un vin racé avec une attaque franche et un corps rond et élégant à 26,40 € la bouteille.
 
Château de Trottevieille, Saint Emilion, 1er Grand Cru classé, Millésime 2000
La maison est une ravissante chartreuse entourée d’un petit parc et par le vignoble. L’ensemble est clos de murs. Trottevieille bénéficie d’un généreux ensoleillement. Une fiche couche de terre rougeâtre de 30 cm recouvre la roche calcaire. Les méthodes de vinification sont identiques à celles appliquées à Batailley. L’élevage quant à lui se fait en barriques neuves exclusivement, en chêne français, durant une période pouvant aller de 12 à 18 mois selon les années.
 
Superficie totale des vignes : 12 ha
Âge moyen du vignoble : 70 ans
Nature du sol : argilocalcaire
Production moyenne annuelle : 36 000 bouteilles
 
Ce Saint Emilion exceptionnel constitué de 55 % de merlot, de 40 % de cabernet franc et de 5 % de cabernet sauvignon à la robe prune exprime des arômes de myrtilles, de chocolat, de café. On peut y découvrir également de discrètes notes boisées et une pointe d’arômes mentholés.
 
Le cabernet franc associé à ce terroir de très grande qualité donne une élégance inouie à ce grand vin, encore époustouflant de jeunesse et d’une grande présence en bouche.
Un pur moment. Un moment intense. Un moment rare. Prix TTC : 120 €.
 
Pour les jours moins fastes, on peut choisir le second vin, La Dame de Trottevieille. Nous avons dégusté le 2015. Vous y retrouverez assurément l’élégance du Cabernet franc, avec des textures soyeuses et souples.  Env. 37€ la bouteille.

 

Mots-clés : vins bordeaux - domaine rouge - philippe Casteja

 

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