Plat du jour - Société

Alimentation du futur : un avant-goût prometteur ?

Ecrit par Aurane Galopin le 12.06.2017

Que mangerons-nous demain ? Cette question a toujours suscité les fantasmes les plus fous : viande reconstituée, pilules nutritives, aliments lyophilisés… Et si l’alimentation du futur se définissait simplement par de nouveaux modèles, des circuits plus justes et des services innovants ? Rencontre avec trois acteurs de la FoodTech française à l’occasion de Futur en Seine qui se tenait du 8 au 10 juin au Grand Hall de La Villette.
 

 

Songer à la nourriture du futur c’est d’abord s’imaginer déguster de nouveaux produits sous des formes novatrices, découvrir des saveurs inconnues et s’étonner devant des textures inédites. Pourtant, la véritable révolution de l’avenir se trouverait en dehors de l’assiette ! Pour répondre à un besoin de santé et de responsabilité, c’est toute notre manière de consommer qu’il faut repenser, la chaîne du produit à l’acheteur dans son intégralité. Ces solutions, les Start-up spécialisées dans la FoodTech s’emploient à les imaginer… et à les mettre en œuvre dès à présent !  À l’occasion de Futur en Seine, le festival du numérique et de l’innovation, nous sommes allés à la rencontre de jeunes entreprises françaises qui agissent pour nos repas de demain : C’est Frais, Good Mix et L’Atelier Jus.

Chacun à leur manière érige un projet afin de bousculer la relation entre producteur et consommateur et de corriger le modèle actuel, pour le rendre plus juste et équitable. Nicolas Nasciet, directeur commercial de C’est Frais, nous confie qu’adolescent, il a été marqué par les fermetures successives des épiceries de proximité. Pour redonner de la force à ces commerces, il a fondé avec trois amis d’enfance le site web C’est Frais, dont l’objectif est de reconnecter les personnes avec les produits frais et locaux, sans passer par la case grande surface. Pour atteindre ce but, le site propose aux gourmets pressés de se géolocaliser et de commander en ligne leurs aliments : fruits et légumes bio, viandes, poissons, fromage, spécialités d’épicerie fines, et même des produits adaptés aux régimes nouveaux, comme le fromage issu de fromageries végétales. C’est Frais effectue ensuite le tour des commerçants pour collecter la commande, avant de la livrer à vélo à domicile!  Mais n’y a-t-il pas de risque de briser le lien social entre client et commerçant ? Les personnes ciblées par C’est Frais sont justement celles qui n’ont pas l’habitude de fréquenter leurs petits commerces de proximité, et, pour resserrer ce lien, chaque mois des « Soirées Food » sont organisées pour rassembler commerçants et habitués ! C’est Frais est donc un nouveau concept  avec un bon rapport qualité/prix, écoresponsable et locavore déjà accessible pour la plupart des Parisiens et peut-être bientôt à tous les Français !     
                   
Ce souci d’un produit de qualité, rendu accessible au client est partagé par L’Atelier Jus, lancé il y a 3 mois par Thomas Valera. Les liquides de L’Atelier Jus séduisent par leur noms grandiloquents (Le Magistral, Le Somptueux), leur mélanges originaux (concombre-pomme-basilic par exemple), mais aussi et surtout par leur mode de fabrication. Encore une fois, ce n’est pas un produit qui est lancé, mais plutôt un modèle plus responsable et respectueux qui engendre une nouvelle manière de consommer. Ici les fruits, tous issus de l’agriculture biologique, et tous Français (exceptés les fruits exotiques) sont pressés à froid avec une presse hydraulique, qui permet de préserver le goût, les vitamines et les minéraux, contrairement aux jus, que l’on trouve dans les grandes surfaces, qui sont généralement pasteurisés et qui privent donc le jus d’une partie de ses apports nutritifs. Chaque litre de jus nécessite 1kg de fruit et de légumes. Mais ce qui fait l’originalité de L’Atelier Jus c’est aussi son circuit zéro déchet et anti-gaspillage  avec une bouteille en matière bio-végétale qui peut être par la suite réutilisée pour la méthode du paillage en permaculture, qui consiste à déposer une couche de matériaux sur le sol, pour l’enrichir et le réguler. Les jus sont d’ores et déjà commercialisés avec un triporteur sur les Quais de Seine, ou servis lors d’événements internes organisés par les entreprises (comme chez Amazon, par exemple...), mais la perspective d’avenir de la start-up reste la présence en épicerie bio !   
                                 
Selon Hélène Danois, les jus qu’elle crée pourraient très bien convenir aux personnes atteintes de la maladie de Lyme qui ont besoin d’ingérer énormément de fruits et légumes. Son projet avec GoodMix est de lancer un site permettant aux personnes atteintes de maladies chroniques (comme le diabète par exemple) ou d’allergies, d’avoir accès à des conseils de recettes et produits, mais aussi des exercices sportifs, en fonction de leur régime particulier, sans pour autant négliger leurs goûts, leurs habitudes et leurs humeurs !  Ce nouveau service, sous forme d’outil d’e-santé, renverse donc l’accoutumance de placer la pathologie en premier. Ici c’est la personne et ses préférences qui sont érigées comme prioritaires. Le site, encore en version bêta, s’adapte à l’utilisateur qui a souscrit à un abonnement, et en plus d’un suivi, lui propose d’être épaulé par des coachs sportifs ou nutritionnels. Ce site pourrait évoluer grâce à des partenariats avec des entreprises soucieuses de leur responsabilité sociétale et du mieux-être de leurs salariés. Mais l’algorithme  de GoodMix a encore besoin de levées des fonds pour pouvoir guider les personnes à répondre à l’éternelle question de « Qu’est –ce que je vais me faire à manger ? ».

Par leurs projets, C’est Frais, Good Mix et L’atelier Jus bousculent nos idées préconçues sur les perspectives d’avenir de nos repas. Les nouveautés qu’ils proposent ne visent pas à transformer la nourriture, mais se situent tout bonnement dans une manière plus responsable de production et de transformation des aliments, et dans notre façon d’être amené aux produits, par des outils, des conseils, ou… un vélo !

 

Mots-clés : futur alimentation - consommation société - locavore bio

 

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http://7detable.com/article/societe/alimentation-du-futur-un-avant-gout-prometteur/1731