Plat du jour - Environnement

Les organismes européens s'enlisent dans le Roundup.

Ecrit par Frédéric Beau le 30.05.2017

Roundup, Monsanto, Bayer autant de noms qui résonnent régulièrement et tristement dans l’actualité du monde agricole, sanitaire et environnementale. Ce « merveilleux » désherbant, dit non sélectif, existe depuis 1975. L’agriculture intensive française, et plus généralement européenne l’utilise quant à elle depuis le début des années 90. Mais alors qu’on reconnaît ses méfaits environnementaux et sa dangerosité pour l’homme depuis plus d’une décennie, la pression de l’industrie et l’absence apparente de solution remplaçante paralysent les organisations gouvernementales et notamment l’Europe pour l’interdiction de son composant principal, le glyphosate.


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CC BY2.0, Global Justice Now



L’acquisition récente de Monsanto par Bayer (groupe allemand) fait de ce géant de la chimie (23 milliards de chiffres d’affaires et 140 000 employés) une puissance écrasante et influente au regard de l’économie des états.

 

Le feuilleton dure depuis des années, mais, depuis un peu plus d’un an, il entre dans une phase clé puisque l’autorisation son'utilisation dans la communauté expire. Il faut donc la renouveler, sans quoi il ne pourrait plus être vendu sur le sol européen. Mais, voilà la conscience citoyenne sur les problématiques environnementales et de santé est beaucoup plus mature qu’au début des années 90 et elle se fait entendre. Globalement, les citoyens européens ne veulent plus du glyphosate sur leur sol et dans les assiettes de leurs enfants. 

 

En juin 2016, suite à l’abstention au vote de 7 pays et au vote contre de Malte et de la France le renouvellement pour 10 ans de l’utilisation du trop célèbre poison n’a pu être prononcé (ouf !). Dans la précipitation et pour éviter une suspension immédiate la commission a accordé une prolongation d’utilisation pour 18 mois délai nécessaire pour la nouvelle expertise demandée à l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA).

 

Car tout l’enjeu consiste à offrir un argument fort aux états membres et à l’Europe pour interdire le produit phare du géant des produits phytosanitaires (et des quelques autres). L’argument fort qui permettrait cette prise de position majeure serait la preuve scientifique d’un lien entre le glyphosate et certains cancers. Or, le 15 mars dernier, l’ECHA annonçait que le glyphosate ne devait pas être classé comme produit cancérogène. La tuile !

 

Les choses semblent alors bien mal engagées pour les citoyens hostiles à son maintien.

 

Mardi 16 mai, la commission relance donc le processus visant à prolonger l’autorisation à long terme du fameux composé. L’avenir des mauvaises herbes semble encore une fois compromis pour une dizaine (voir quinzaine) d’années.

 

Et hier, coup de poker, la série à rebondissements refait des siennes. Le président de la Commission européenne a en effet reçu il y a deux jours une lettre révélant quelques incohérences et omissions dans le rapport fourni par l’ECHA. L’auteur de ce courrier n’est autre que Christopher Portier, toxicologue et biostatisticien dont la renommée à l’échelle mondiale n’est plus à faire. Celui-ci, indique que les résultats d’une étude ont été (volontairement ou non, là est la question…) ignorés lors de l’analyse effectuée par l’ECHA et la EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments), analyse qui a conduit à l’annonce du 16 mai dernier. Ainsi, l’omission de certains cas révélateurs fausserait, selon Christopher Portier, la conclusion de ce rapport. Puisque, cette étude montrerait des cas « statistiquement révélateurs ».

 

Mais si l’espoir de voir la décision de la Commission européenne se tourner vers l’interdiction du glyphosate renaît, ces révélations entraînent avec elles un autre trouble. En effet, pour certains, il n’est désormais pas illégitime de questionner l’indépendance et l’objectivité de l’EFSA. Une action serait d’ailleurs mise sur pied par la cour de justice via la mise en place d’une commission chargée d’enquêter sur les pratiques de l’EFSA.

 

Cet enchevêtrement de procédures, de commissions et d’organismes pourrait presque être risible s’il ne s’agissait pas de la santé de près de 750 millions de personnes…



SOURCES : Lemonde - AgricultureEnvironnement - Paperjam - Europe1

 

Mots-clés : Bayer Monsanto - Commission Européenne - Interdiction glyphosate

 

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http://7detable.com/article/environnement/les-organismes-europeens-s-enlisent-dans-le-roundup/1695